SAÏDEH PAKRAVAN

Je suis née dans une famille iranienne laquelle, pour des raisons que j’explique ailleurs, était de langue française depuis des générations. Très tôt, mes parents m’ont appris à lire. Ma mère me raconte encore comment, à trois ans, tenant un album plus grand que moi, je déclamais, « Alors Babar monta dans sa voiture et s’en alla ! » Si je savais lire à trois ans, à six je savais que je serai écrivain. L’écriture coulait dans mes veines. Ma grand-mère, Emineh Pakravan, styliste remarquable, historienne et romancière, lauréate du Prix Rivarol pour son roman Le prince sans histoire, était appréciée par les meilleurs critiques littéraires de son temps, y compris Emile Henriot. Mon père, haut fonctionnaire de carrière, écrivait copieusement sur sa famille. En grandissant et découvrant à mon tour la remarquable histoire de mes ancêtres, j’appris que mon arrière grand-mère, Alice Herzfeld, moitié autrichienne et moitié française, avait eu elle aussi des vélleités d’écriture se manifestant, dans le style romantique et quelque peu boursouflé de la fin du dix-neuvième siècle européen, des pièces en vers et des poèmes. Ma mère, Fatemeh Pakravan, elle aussi de plusieurs origines y compris russe et polonaise, écrivait et réécrivait sans cesse ses mémoires, jamais satisfaite du résultat. Je réussis enfin à lui arracher les milliers de pages résultant de cet effort de plusieurs décennies et, sous sa directive, en fis paraître le premier volume sous le titre Lumière de mes yeux. 

          Depuis mes premières rédactions jugées dignes de paraître dans "Le babillard," le bulletins de l’école Jeanne d’Arc que je fréquentais à Téhéran, je n’ai jamais cessé d’écrire. Pendant des années, j’ai écrit en français comme cela m’arrive encore souvent. Mon premier roman, Celle qui rêvait que je refuse d’appeler une erreur de jeunesse, parut en feuilleton. Il y eut ensuite d’autres rares écrits publiés, de courts articles, divers bredouillements.

          Enfant, je suivais ma famille au cours de diverses missions diplomatiques de mon père et très tôt, au Pakistan puis en Inde, l’anglais devint ma seconde langue, suivi du persan que je parle toujours mais écris rarement. Plus tard, je vécus en France avec ma propre famille jusqu’à ce que la révolution iranienne de 1979 rende notre vie matérielle trop précaire et nous oblige, comme beaucoup d’autres avant et après nous, à émigrer aux Etats-Unis qui nous offrait davantage de possibilités. J’adoptais donc l’anglais comme première langue d’écriture et tout en travaillant à plein temps dans une corporation américaine comme « business writer » abandonnai mon pseudo dilletantisme précédent pour produire beaucoup plus.

          Mon ouvrage, The Arrest of Hoveyda, Stories of the Iranian Revolution, paraît chez Mazda. Suivent, dans les revues littéraires qui se chiffrent par milliers aux Etats-Unis (à commencer par toutes les universités) quantité de nouvelles, essais, poèmes et récits. Pendant neuf ans, je suis rédactrice en chef de Chanteh, une revue multi-culturelle en anglais destinée principalement aux Iraniens-Américains de seconde génération. Tout en continuant à travailler dans la multinationale qui m’emploie, j’organise des cours et des séminaires sur l’écriture et écris un manuel de style. Le site français ecrits-vains m’accueille comme responsable de littérature étrangère et, en tant que critique de films j’écris, encore en anglais, pour le site screencomment.com.

          En 2014 paraît aux éditions Caractères mon recueil de poèmes, Entendu ce matin. Puis c’est la rencontre avec Céline Thoulouze, directrice éditoriale de Belfond français. Cette bonne fée dont je ne doutais pas qu’elle apparaîtrait un jour fait bon usage de sa baguette magique et publie coup sur coup, en 2015, mon roman Azadi (prix Closerie des Lilas, prix Marie-Claire et plusieurs autres), le suivant, La trêve, en 2016 et enfin, le 2 mars 2017, Le principe du désir. (Ces trois romans ont été écrits en anglais à l’origine.) Mon disque dur en contient encore des dizaines, ainsi que d’autres écrits en anglais comme en français. Je peux donc continuer longtemps sur ma lancée. Mais déjà de nouvelles histoires se dessinent, des personnages prennent forme et insistent pour s'exprimer. Le voyage en écriture continue.

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