EMINEH PAKRAVAN

Emineh Pakravan est née à Constantinople le 18 Novembre 1890. Son père, Hassan Khan, est diplomate de carrière, neveu de Moshir-el-Molk Moin-Dowleh qui fut pendant une vingtaine d'années ambassadeur d'Iran près de la Sublime Porte du Sultan Abdol Hamid. Hassan Khan est de père iranien et de mère française. La mère d'Emineh, Alice von Herzfeld, est de père autrichien et de mère française. 

Les premières années d'Emineh se passent à Trieste (ou réside la famille Herzfeld), avec sa soeur plus âgée de deux ans et leur mère, Alice, pendant que Hassan Khan attend à Téhéran un poste qui ne vient pas, malgre les promesses du premier ministre Amin Soltan. 

Hassan Khan rejoint finalement sa femme et ses deux filles, en 1893, et les emmène à Paris où il meurt au bout de six mois, emporté par un abcès du foie. Alice retourne à Trieste chez son père, puis se retire dans un couvent près de Stein, en Autriche, actuellement Kamnik en Slovénie. La jeune femme et ses deux filles passeront une douzaine d'années dans ce couvent. Alice prend en main l'éducation de ses filles, avec l'aide de caisses de livres empruntés à la bibliothèque de Laibach (Lubljana), leur donne le goût des études et une solide formation humaniste, ainsi que la connaissance de langues (Emineh possédait parfaitement le français, l'anglais et l'allemand, parlait couramment le persan et lisait l'italien). Une des nièces d'Alice qui se trouve à Constantinople chante tant et si bien les louanges de cette ville qu'Alice, voulant bâtir un avenir pour ses filles, les y amène. Effectivement, les deux jeunes filles rencontrent des diplomates iraniens qui demandent leur main. Ainsi, Fatemeh, l'aînée, devient la femme d'Ismail Farzaneh et Emineh épouse Fathollah Pakravan, en 1910.

Le jeune couple vit environ un an à Téhéran ou naît Hassan, en 1911. Puis Fathollah Pakravan est nommé ministre d'Iran au Caire où il part avec sa famille et passera les dix prochaines années. Musulman sévère, il n'autorise pas Emineh à participer à la vie sociale très active du Caire, mais par contre utilise les connaissance de l'histoire et des langues de sa femme pour ses propres rapports diplomatiques et pour divers articles, dont un, très virulent, dénonçant le traité de Versailles. Emineh, malgré le peu de temps passé en Iran, est patriote fervente et écrit des pamphlets sous le pseudonyme Irandokht.

Élevée à l'européenne, elle souffre beaucoup de la situation de dépendance et de soumission que son mari exige d'elle. Elle trouve quand même quelques amies égyptiennes, des dames de la haute société dont la célèbre féministe Homa Charaoui qui la prend sous son aîle. Elle écrit aussi, comme elle le fait depuis toujours, don herité de sa mère Alice qui ne dédaignait pas de tourner l'alexandrin et avait écrit des pièces historiques pleine d'emphase et jamais jouées. C'est à cette époque qu'Emineh termine plusieurs des nouvelles qui paraîtront plus tard dans le recueil Destinées Persanes.

La vie du couple se désintègre. Vers 1923, Emineh part s'installer en Belgique avec ses enfants (une fille, Paridokht, dite Chouchou, lui est née en 1913), bientôt rejointe par sa soeur Fatemeh, elle aussi séparée de son époux. Emineh donne des leçons pour subsister, Fathollah, malgré une brillante carrière diplomatique, ne se préoccupant guère des moyens d'existence de ses enfants. Ceux-ci vont à l'école, puis à l'Athénée. Hassan se destine a une carrière d'archéologue que lui interdit formellement son père, de passage, et il se tourne alors vers la carrière des armes. Il fera successivement les écoles militaires de Poitiers et de Fontainebleau, tandis qu'Emineh et Chouchou s'installent à Paris pour être près de lui. En 1933, Hassan retourne en Iran en passant par Moscou où son père est ambassadeur. Emineh et Chouchou rentrent également, définitivement.

Emineh n'a jamais cessé d'écrire, mais elle le fait à présent de façon systématique. Elle augmente ses connaissances sur l'art et la culture iraniens, donne des conférences, écrit plusieurs ouvrages, dont certains romancés, sur la période qajare. Elle enseigne également le français à l'université. En 1934, elle a la grande douleur de perdre sa fille Chouchou, emportée par une pneumonie. Cela ne l'empêche de travailler sans relâche et de mener à bien différents ouvrages. Elle obtient le prix Rivarol en 1951 pour Le Prince Sans Histoire, salué par des critiques comme Émile Henriot. Son salon littéraire rassemble les intellectuels et les universitaires. Au printemps 1958, elle est envoyée en Europe par le gouvernement pour y présenter une collection de miniatures iraniennes. Le cancer la mine déjà. À son retour à Téhéran, sa santé se dégrade rapidement et elle s'éteint le 14 juillet. 

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